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La terre avant le déluge
Louis Figuier, 1863


Les mythes de la création du monde
 
D’où venons nous ? Depuis toujours, l’homme se pose des questions sur ses origines et celles du cosmos. Pendant longtemps, les mythes ont apporté des réponses. Aujourd’hui, la science répond au « comment ». Le « pourquoi » reste réservé aux mythes et à la religion.
 
Si les mythes cosmologiques s’accordent avec l’astrophysique sur l’idée que le temps et le cosmos sont nés simultanément, ils ignorent le néant. Ainsi, toutes les mythologies font précéder le monde actuel par un monde primordial intemporel et mal défini.
Selon les mythes, avant l’origine, le monde était abîme, vide ou encore océan originel. L’émergence de notre monde serait due à un événement chaotique bouleversant ce monde primordial intemporel. Le surgissement du monde est considéré comme lié soit à une division (fragmentation d’un œuf cosmique ou séparation d’eaux primordiales), soit à une formation (façonnage par le geste, la parole ou encore la pensée). De nombreux mythes de création font provenir le monde d’un œuf cosmique brisé, parfois associé au Chaos ou à l’océan primordial. Les œufs cosmiques finissent toujours par éclater, mais de manières différentes selon les mythes et donnant les parties différentes du monde.
Planche représentant l'océan primitif.
Par exemple, dans les premiers textes hisdouistes, la coquille de l’œuf d’or de Brahmâ se divise en deux, la partie supérieure donne le Ciel, la partie inférieure la Terre, le jaune le Soleil. Les eaux primordiales sont, elles aussi, appelées à se diviser en lumière et ténèbres, en Ciel et en Terre. Dans la Bible, un Chaos fait naître le temps, la lumière et la matière. Pour l’astrophysique contemporaine, ce fut le big-bang.
Malgré ces évènements divins ayant sorti l’Univers du Chaos, la création du monde n’est pas achevée pour autant et les mythes proposent divers moyens de la parfaire : par des sacrifices (selon les mythes scandinaves, chinois, hindous, africains), par des engendrements successifs et des combats (Mésopotamie, Egypte, Grèce), par une création continue (Australie), par une création cyclique (Méso-Amérique, Chine, Mongolie) ou, comme dans la Genèse biblique, par une création originelle où chaque espèce est créée d’emblée en sa forme définitive.
La création du monde est souvent décrite comme imparfaite où la violence des combats et la douleur des séparations font rage.
Par exemple, dans la mythologie scandinave, une guerre opposa les premiers Dieux aux Géants. Le corps du Géant vaincu servit à façonner le monde, sa chair donnant la terre, son sang la mer et son crâne le ciel. Cette idée d’un démembrement créateur est très répandue (Grèce, Afrique, Tibet, Chine).
 
Enfin, le monde est prêt à accueillir l’homme qui, selon les mythes, est bâti à partir de matières différentes. Il est issu de la terre, comme l’argile selon les mythes hébreux, égyptiens, grecs ou chinois, parfois directement des entrailles de la terre (Indiens) ou encore d’une plante, voire d’une pierre (Indiens). Toujours est-il que l’homme est créé pour accomplir une mission, car, pour les dieux, la création de l’homme n’est jamais un acte gratuit. Dans la Genèse, par exemple, Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder.
L’homme doit donc trouver sa place et son rôle dans un monde ordonné mais où sont également présents des fléaux tels que la guerre, la maladie et la mort. Cependant, sous des formes diverses, tous les mythes abordent l’idée d’une vie éternelle des âmes, sous la terre ou dans les cieux.
 
Dans ces nombreux mythes, tous différents, la mort du monde lui-même est difficilement abordé. Tout en imaginant ses diverses modalités (par les eaux, les incendies ou les séismes), les mythes ont, pour la plupart, cherché à relativiser cette perspective aussi insoutenable qu’inéluctable. Dans les récits du Déluge, la catastrophe est abordée dans un lointain passé dont se souvient l’humanité rescapée. C’est hors des mythes que l’idée d’une mort absolue fera son chemin à travers la science et l’imagination humaine. Les mythes, eux, continueront à ignorer le néant.