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Souvenirs entomologiques
Jean-Henri Casimir Fabre La correspondance entre savants, un facteur de progrès scientifique |
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| Depuis la création de l’écriture, et surtout depuis la vulgarisation du papier, les correspondances entre lettrés tiennent une place très importante dans la collaboration savante et la diffusion des savoirs et des inventions. Les progrès scientifiques des civilisations tiennent à l’échange et la communication, gage de perfectionnement. La concurrence que se livre les pays, par savants interposés, est aussi un facteur stimulant pour les sciences. Certains souverains sentent que la circulation des idées ne peut être que bénéfique pour leurs savants et lettrés, donc pour la gloire du pays. La science arabe, et ses contributions en particulier dans les domaines des mathématiques, de l’astronomie ou encore de la médecine, a utilisé la correspondance. A partir du XIe siècle, des écrits scientifiques arabes et ceux des savants grecs qui avaient été traduits en arabe à partir du VIIIe siècle circulent, contribuant à la renommée et à l’avancement des sciences. Plus tard, que ce soient pour des récits de voyages, des lettres des correspondants des diverses Académies des sciences, des conseils sur la dénomination d’une espèce, les érudits mettent en place un réseau de correspondances à travers tous les pays. Ce lien informel, véritable route du savoir, permet aux savants de confronter leurs pensées, de faire circuler leurs idées, d'exprimer leurs doutes ou leurs hésitations à des savants amis ou appréciés. Il passe les frontières, désenclave les savants éloignés, isolés ou ne pouvant se déplacer. Cette riche communauté d’idées se structurera progressivement en cercles savants, en académies des sciences, etc. Les lettres peuvent avoir aussi un rôle prépondérant dans l’éclosion d’idées révolutionnaires, comme ce fut le cas pour la théorie de la sélection naturelle. Les échanges épistolaires entre deux hommes ont sans doute accélérer l’éclosion de la grande œuvre de Darwin. Ainsi, en 1855, Alfred Russel Wallace, jeune naturaliste, est félicité par courrier par Darwin pour son article très clairvoyant De la loi qui régule l’apparition des nouvelles espèces. Quelques mois après, il lui fait part dans une lettre des grands traits de la théorie de la sélection naturelle qu’il a élaboré. Darwin, qui avait envisagé la même théorie vingt ans auparavant sans oser la publier, transmet la lettre à Lyell, qui se chargea avec Hooker de présenter rapidement les deux essais au public. Darwin rédigera quelques mois plus tard le texte fondateur L’Origine des espèces. Les lettres permettent également à des érudits, obligés de rester dans un territoire, d’avoir des "bras armés" sur le terrain. On peut citer comme exemple Charles Coquebert de Montbret dans les années 1810, à Amsterdam par obligation professionnelle, donnant des "instructions" à J.-J. d’Omalius d’Halloy, qui arpentait pour lui le territoire français afin de lui fournir des précisions pour l’élaboration de la Carte géologique de la France et des Pays-Bas. Les Membres correspondants des Académies, personnalités de premier plan mais trop éloignées pour participer aux travaux, leur font part de leurs découvertes et des informations de terrain. Ainsi Adanson, alors au Sénégal est devenu, en 1750, le correspondant de Réaumur à l’Académie des sciences et lui envoie régulièrement notes et échantillons. En histoire des sciences, l’étude des correspondances entre savants est très enrichissante. Elle permet, mieux que les articles publiés, de voir la progression des idées, les échanges de vues. Certaines idées sont parfois exprimées uniquement dans des correspondances avec des proches, plutôt qu’avec des confrères. Conservées en fonds particuliers ou dans les bibliothèques spécialisées, ces lettres permettent de retracer la genèse et l’évolution d’un concept, d’une idée, d’une invention. |
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