Joseph Decaisne - Jardin fruitier du Muséum (...)


Après une vie passée au muséum d’histoire naturelle de Paris, riche d’expérimentations, d’études et de travaux, Joseph Decaisne se consacre à la rédaction de traités sur les arbres fruitiers du muséum, principalement les poiriers, qu’il réunit sous le titre Jardin fruitier du muséum.

Titre : Jardin fruitier du Muséum ou iconographie de toute les espèces et variétés d'arbres fruitiers cultivés dans cet établissement avec leur description, leur histoire, leur synonymie, etc. (le)
Auteur : Joseph Decaisne
Edition : Paris, Firmin-Didot, 1862-1875, 9 volumes
Format : in-4°, 31 cm


L’auteur : Joseph Decaisne (1807-1891)



Joseph Decaisne est né à Bruxelles le 7 mars 1807. Deuxième fils d’une famille de quatre enfants, il est rapidement orphelin de père. Son frère aîné Henri, peintre, décide la famille à s’installer à Paris, aux environs des années 1820.

Doué pour le dessin, initié en cela par son frère, il commence sa vie professionnelle en reproduisant des pièces anatomiques, au laboratoire du Docteur Gilbert Breschet. Les dissections n’étant pas son fort, il abandonne bien vite la partie.
Il suit en 1823-1824 des cours à l’Ecole de médecine de Paris.

La botanique le passionne beaucoup plus. Ayant fait la connaissance d’un garçon jardinier au Muséum national d’histoire naturelle, il y entre en 1824. D’abord suppléant de son ami, il finit par le remplacer totalement.

Il y apprend sur le terrain les bases du jardinage et de la botanique, et complète sa formation en se plongeant avec acharnement, la nuit, dans les livres. Durant huit années, il travaille au laboratoire des graines, puis au carré des semis. Adrien de Jussieu le remarque lors d’herborisations qu’ils font ensemble, et le nomme aide-naturaliste, au sein de sa chaire de botanique rurale, en 1830. Il devient ensuite chef du carré des semis en 1833, poste important au muséum.

Dès lors, malgré ses humbles débuts, Decaisne gravit les échelons qui le mèneront à une certaine notoriété. Comblant son manque d’étude initial par un labeur acharné, il devient expert en classification des végétaux, connu et reconnu, s’intéresse à la biologie végétale et aux applications agricoles de la botanique.

A partir de 1845, il est chargé de cours de culture au jardin des plantes, d’abord comme suppléant, puis titulaire du poste de professeur de culture en avril 1850, lorsque Charles Brisseau de Mirbel démissionne.

Il est également professeur d’économie générale et de statistique agricole au Collège de France en 1848.

Il devient directeur du jardin fruitier du muséum, qu’il réorganise.

Ses études et travaux sont nombreux et éclectiques. Il écrit de nombreux ouvrages et participe par ses articles à bon nombre de revues horticoles ou agricoles, comme la Revue horticole, le Journal d’agriculture pratique, les Archives du muséum ou encore les Annales de sciences naturelles, dont il est un temps directeur.

Il est l’un des experts en description végétale, étudiant les plantes que les explorateurs rapportent de leurs expéditions. Il participe ainsi à l’étude des plantes de l’expédition Dumont d’Urville au pôle Sud, celles du voyage en Océanie d’Abel Aubert du Petit Thouars, celles rapportées d’Inde par Victor Jacquemont. Il explore aussi par procuration les plantes d’autres pays, comme le Timor, l’Egypte ou encore l’Arabie, publiant ses descriptions dans les ouvrages correspondants.

D’autres de ses travaux portent sur l’anatomie des végétaux, leur physiologie et leur reproduction.

Il n’étudie pas uniquement les végétaux supérieurs, mais s’intéresse aussi aux algues. C’est ainsi le premier à avoir fourni les preuves de la sexualité des Fucacées.

Ses études le mènent également vers les applications agricoles des plantes. Il tente d’introduire le tubercule d’igname comme plante alimentaire, sans arriver à convaincre. Il étudia également, entre autres, la betterave sucrière, la maladie de la pomme de terre, les propriétés textiles des plantes comme la garance ou la ramie.

L’origine des plantes cultivées le passionne, et il étudie pendant de longues années la variabilité des poiriers.
On lui doit, entre autres, un Traité général de botanique (1868), écrit en collaboration avec Le Maout. Sa dernière grande œuvre est le Jardin fruitier du Muséum (1858-1875), en 9 volumes.

Ses travaux le font élire à l’Académie des sciences en 1847, dans la section Economie rurale. Il devient Président de l’Académie des sciences en 1865. Il devient membre de la Société royale de Londres en 1880.
Il est l’un des quatorze membres fondateurs de la Société botanique de France, en 1854, société qu’il dirigea à trois reprises (1860, 1867 et 1873).

Homme peu sensible aux honneurs, réservé, généreux, bienveillant à l’égard des jeunes naturalistes, il emmène régulièrement ses étudiants en herborisation et ne cessera d’étudier sa vie durant.

Il meurt brutalement le 8 février 1882, affaibli sans doute par les privations dont il eut à souffrir durant le siège de Paris.

Des botanistes ont honoré sa mémoire en nommant des genres à son nom. Ainsi Brongniart a nommé un genre d’orchidées Decaisnea.


L’œuvre : Jardin fruitier du Muséum (le)



Page de titre
Le Jardin fruitier du muséum est la grande œuvre de Joseph Decaisne.

Alors qu’il est directeur du jardin fruitier du muséum, il le réorganise, entreprend des expérimentations sur les arbres, et travaille de longues années sur les poiriers.

Le muséum de Paris possède un patrimoine d’arbres fruitiers des plus extraordinaires. Le verger est issu du célèbre jardin fruitier des Chartreux, dissous en 1792. A l’époque, le muséum récupère et sauve deux individus de chaque variété de ce jardin. Au fil des années, et par les soins de directeurs comme MM. Thouin, Bosc ou encore Mirbel, le jardin ne fait qu’embellir et se développer, fort d’espèces indigènes et exotiques.

Pour clore sa carrière, Decaisne se lance dans la rédaction d’un ouvrage sur les arbres fruitiers du muséum, où il utilise les notes et observations qu’il a consignées au fil du temps sur le sujet, reprenant quand il le faut les informations données par ses prédécesseurs ou de certains amis savants qui participent à certains chapitres, se servant des herbiers qu’il a constitué durant ses années au muséum. Ce travail lui prendra de nombreuses années.

Ses descriptions sont courtes mais complètes.

Pour chaque variété, Decaisne s’attache à décrire les différents organes de la fleur, du fruit. Il donne également des indications sur les conditions d’obtention du fruit, ses conditions de maturité, son origine, ses qualités gustatives.


Pour certaines variétés, Decaisne reprend entièrement les descriptions données par ces prédécesseurs, comme Duhamel, La Quintinie, Merlet ou décrites dans des revues scientifiques comme la Revue horticole ou encore dans d’autres ouvrages.

Chaque description d’espèce est accompagnée d’illustrations de très grande qualité. En effet, Decaisne fait appel aux meilleurs dessinateurs pour rehausser son propos, notant même qu’il n’est pas toujours nécessaire d’avoir recours au texte, tant les planches coloriées permettent de reconnaître les arbres.

Dès 1849, il fait exécuter de très nombreux dessins. Alfred Riocreux, artiste prodige issu de l’école de Sèvres, puis «récupéré » par Brogniart pour l’illustration botanique du muséum.


Alfred Riocreux, artiste talentueux

Les planches sont gravées par Melle E. Taillant, M. Ph. Picart.


Signature d’E. Taillant

C. Severyns, célèbre lithographe belge, a quant à lui, en charge les chromolithographies.

A l’origine, il prévoit de le sortir en douze volumes, mais il ne pourra en livrer que 9, faute de moyens sur la fin de sa vie.

En 1856, il publie la première livraison de son ouvrage. Il choisit le format grand in-4°. La dernière livraison sortira en 1875.

Il conçoit son ouvrage comme une suite de "Traités", réunis sous un même titre.

Les six premiers volumes traitent exclusivement du poirier, la grande affaire de la vie de Decaisne. En effet, la variabilité du genre Poirier l’intrigue (entre les variétés primitives et les cultivées), son importance aussi (quelque 350 variétés en 1856). Il entreprend de très nombreuses expériences.


Poire Brindamour


Organographie du poirie

Tome premier


Le poirier: Une première page de titre mentionne la date 1858, tandis que la page de titre suivante indique 1871-1872.
Avant-propos ; introduction ; organographie ; maladies du poirier ; énumération des poiriers à cidre cultivés dans les différentes provinces de France ; table générale des poires publiées (noms adoptés) ; table générale  synonymique des poires publiées (noms rejetés) ; table générale des poires classées par époque de maturité ; liste synonymique des espèces botaniques de poirier ; monographie de chaque variété


Les variétés de poires à cidre cultivées dans le Vexin normand

Tome second


De Abbé Mongein à Bugiarda

Tome troisième


De Cadet de Vaux à Eyewood

Tome quatrième


De Faux-Rousselet à Poire de Luçon

Tome cinquième


De Poire de Madame à Royale d’hiver

Tome sixième


De Safran à Zéphirin-Grégoire


Les deux volumes suivants parlent des fruits à noyau, pruniers et pêchers.

Tome septième


Le pêcher. Une quarantaine de pages sont consacrées à l’étude de l’arbre et de sa culture. Le reste du tome est consacré aux variétés. De Pêcher admirable jaune à Pêcher Willermoz


Pêcher Willermoz

Tome huitième


Le pêcher (Pavies), le brugnon, le prunier et l’abricotier


Prunier Damas d’Italie

Le dernier volume est réservé aux fruits rouges, groseilliers et fraisiers. Pour ces derniers, Decaisne s’était adjoint l’aide de Madame Elsa Vilmorin, qui devait décrire une cinquantaine de variétés. Malheureusement, sa mort prématurée ne permettra de décrire qu’une vingtaine de fraisiers.


Fraise Elton


Cassis de Naples

Tome neuvième


Le fraisier et le groseillier


Les 9 volumes sont mis en dépôt à l’AREHN par la Muséum d’histoire naturelle de Rouen ; ils ont auparavant appartenu à la société centrale d’horticulture de la Seine-inférieure.

Les chromolithographies sont somptueuses, excellemment conservées et conservant tout leur éclat. Les couvertures sont assez bien conservées.


En complément : Histoire de la culture des poires



L’origine géographique du genre Pyrus se situerait en Moyen-Orient et Asie centrale. C’est l’un des plus ancien arbre fruitier cultivé. La dispersion aurait suivi les montagnes de l’ouest de la Chine pour arriver dans nos régions tempérées.

Seules trois espèces sont à l'origine des quelque 1 500 variétés d’aujourd’hui : Pyrus communis et Pyrus nivalis pour les variétés européennes et Pyrus serotina pour les poiriers asiatiques.

On retrouve des traces de pépins de poires fossilisés dans certains sites préhistoriques, dès le Néolithique.

Néolithique : âge de la préhistoire compris entre 7000 et 2000 av. J.-C., correspondant au stade de fabrication d’outils en pierre polie et taillé, à l’utilisation de la poterie, au développement de l’agriculture et de l’élevage.

L’époque de domestication du poirier date donc de plusieurs millénaires. La culture des poires a sans doute pris naissance en Chine, vers 4000 ou 5000 av. J.-C (Pyrus nivalis et Pyrus serotina) ; on retrouve ensuite des évocations de poires sur des tablettes sumériennes en -2000 av. J.-C.

Plus près de nous, dans l’Antiquité, on sait que les Grecs en sont friands. Des descriptions d’Homère, de Théophraste et Discoride y font référence. Les arbres sont multipliés par greffage et bouturage.

Mais on doit aux Romains d’avoir vraiment répandu la culture du poirier, diversifié les variétés, et amélioré les techniques de culture de taille et de propagation par greffage. Caton l’Ancien mentionne dans ses écrits sur l’agriculture De agri cultura six variétés de poiriers qui peuvent se cultiver. Pline l’Ancien, deux cent ans plus tard, en distingue plus de quarante. A la fin de l’Empire romain, vers 476, une soixantaine de variétés sont recensées.

Discoride : médecin grec (Ier siècle)
Homère : poète grec (-IXe siècle)
Théophraste :philosophe grec (-372 ~ -287 av. J.-C.)
Caton l’Ancien : homme politique et agronome romain (-234 ~ -149)
Pline l’Ancien : naturaliste romain (23 - 79)

Au fil des siècles, la diffusion des poiriers se poursuit dans toute les régions tempérées du monde. Elle est encore gustativement médiocre, le goût proche du fruit sauvage.

Au Moyen-Age, la culture du poirier se réfugie, comme une bonne part de l’arboriculture fruitière, dans les monastères ou les demeures royales.

En France, c’est au XVIe siècle qu’elle apparaît. Charles Estienne, en 1540, décrits quelques poiriers dans sa publication Seminarium et plantarum fructiferarum proesertim arborum quoe post hortos conseri solent. Plus tard en 1586, Jacques Daléchamps mentionne dans Historia generalis plantarum 47 variétés françaises et étrangères.

L’arboriculture fruitière connaît ensuite un essor considérable, les puissants commençant à s’intéresser au développement agricole de leur territoire. Les variétés nouvelles d’arbres fruitiers produisent des fruits de meilleure qualité. Les rois et reines, par leur penchant, impulsent le mouvement : François Ier, gourmand des poires Gloute, cultivées dans le Gapençais ; la Reine Margot, goûtant d’une "poire cuite à point entre deux braises" ; ou encore Louis XIV, grand amateur de poires lui-aussi.

C’est par les ouvrages d’agronomie et de pomologie que l’on peut s’apercevoir de ce formidable essor. Olivier de Serres fait l’éloge des qualités gustatives dans son Théâtre d’agriculture et mesnage des champs (1600). En 1675, J. Merlet en recense 140 variétés dans son Abrégé des bons fruits avec la manière de les connaître et de cultiver les arbres. C’est à la Quintinie que la poire doit plus principalement sa gloire. Il en mentionne dans ses Instructions pour les jardins fruitiers et potagers (1690) 170 variétés et met à l’honneur des poires comme la Bon-Chrétien, qu’il tient pour la meilleure de toutes.

Les fruits deviennent au XVIIe siècle des aliments de qualité, qu’il est de bon ton de proposer comme dessert. Ils se doivent d’être colorés, juteux et sucrés. Il est distingué de posséder un jardin potager et fruitier, où l’on va se promener, où l’on emmène ses invités. A cette époque, l’esthétique de la poire a aussi son importance, certaines variétés n’étant sélectionnées que pour leurs couleurs et leur ligne. Les formes fruitières sont également minutieusement étudiées, la conduite en espalier ou en pyramide sont plébiscitées.

Au XVIIIe et XIXe siècles, la pomologie se fera belge, notamment avec la contribution du moine Nicolas d’Hardenpont. C’est grâce à lui notamment que les qualités gustatives et la texture des fruits s’améliorent. Plusieurs villes furent des centres importants d’obtention de variétés des poiriers : Mons, avec Nicolas d’Hardenpont, puis Malines, avec le major Esperen, puis Louvain, avec Jean-Baptiste Van Mons, et Jodoigne avec Alexandre Bivort.

Actuellement, les poires que nous consommons sont pour le plupart issues de variétés du siècle dernier. Il y a eu peu de nouvelles variétés comme pour d’autres fruits.


Quelques poires décrites par Decaisnes




Sources



Auteur


Du jardin au Muséum en 516 biographies / Philippe Jaussaud ; Edouard-Raoul Brygoo .- Paris  : Muséum national d'histoire naturelle, 2004 .- pp. 169-170 .- (Archives)

Dictionnaire de biographie française, tome 10, 1965

Encore quelques naturalistes et collecteurs méconnus / Pierre Jacquet .- L’orchidophile, 166, septembre 2005-12-28, p. 220

Joseph Decaisne, La Nature, 157, 4 mars 1882

Discours prononcés aux funérailles de M. J. Decaisne .- Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, séance du lundi 15 février 1882, pp. 361-370

Joseph Decaisne .- Nouvelle biographie générale, tome 13


Œuvre


Compte-rendus de l’Académie des sciences, tome XLIII, juillet-décembre 1856, pp. 11391142

Compte-rendus de l’Académie des sciences, tome LXXXV, 1877, p. 1141

Journal des savants, décembre 1876, pp. 746-755


Complément


Le poirier / Claude Scribe .- Arles : Actes sud, 1999 .- (Le nom de l’arbre)

Association Les mordus de la poire
http://www.lapoire.com

Présentation du matériel végétal : pommier, poirier (INRA Angers)
http://www.angers.inra.fr/dossiers/haploidie/matveg.html

Une poire pour la soif / Florent Quellier .- L’Histoire, 280, octobre 2003
http://www.histoire.presse.fr/lire.asp?Sku=280&Titre=Une+poire+pour+la+soif

La poire Bon-Chrétien (Instructions pour les jardins fruitiers et potagers)
http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/actions-france_830/livre-ecrit_1036/collection-textes_5281/quintinie-potager-du-roi_5676/instructions-pour-les-jardins-fruitiers-potagers_5677/poire-bon-chretien_16113.html


Voir aussi les fiches de l’Arehn


La famille du poirier http://www.arehn.asso.fr/centredoc/livres/bivort/poirier.php