Combles (de) - L'école du jardin potager
Agronome et écrivain français du XVIII
e siècle, Combles publie plusieurs traités sur son passe-temps favori, le jardinage.
Titre : L’école du jardin potager et Traité de la culture des pêchers
Auteur : M. de Combles
Edition : Paris : Delalain le jeune, 1744 .- 2 volumes 415 + 445 p.
Format : in-12°, 18 cm
L’auteur : M. de Combles
Peu de biographes se sont penchés sur Combles. Ses dates de naissance et de décès, son lieu de décès et jusqu’à son prénom sont inconnus.
Combles est né d’une famille de nobles lyonnais, au début du XVIII
e siècle.
De ses années de jeunesse, on ne sait quasiment rien.
Par contre, on sait qu’il séjourne quelques années dans le royaume de Naples. C’est là qu’il va entame sa carrière de jardinier amateur.
Plus tard, revenu en France, il continue à se passionner pour le jardinage, dans une résidence non loin de la capitale.
Il se décide, sous l’influente bienveillance de quelques connaisseurs, à publier un ouvrage qui reprend toutes les connaissances qu’il a acquises. Combles souhaite publier des traités sur plusieurs arbres fruitiers et sur les différentes techniques de jardinage qu’il utilise. Il commence donc par un
Traité sur la culture du pêcher, en 1743. Mais le succès n’est pas au rendez-vous. Il ne publiera pas les autres monographies sur les arbres fruitiers, comme le poirier, qu’il avait envisagées d’écrire.
Il publie quand même en 1749 son
Ecole du jardin potager ou l’art de cultiver toutes les plantes potagères.
Plus tard, il se lance dans la publication d’ouvrages historiques et érotiques. On lui doit notamment
Concubitus sine Lucina ou le Plaisir sans peine (1750) traduite de l’anglais ;
La vie de Socrate (1752) traduite de l’anglais ;
Les vies d’Epicure, de Platon et de Pythagore, recueillis de différents auteurs et surtout de Diogène Laërce. Il semble également qu’il soit l’auteur d’un
Eloge de Bayard.
Il meurt sans doute vers 1770.
L’œuvre : L'école du jardin potager
Combles est l’un des premiers auteurs à s’intéresser au jardinage et aux arbres fruitiers, à une époque où le sujet n’attirait encore que peu d’amateurs. Son souci principal reste l’utilité de la table : comment cultiver pour obtenir des fruits, légumes et herbes aromatiques de qualité. Le nombre d’espèces décrites montre bien la diversité du potager à cette époque.

Tranche de l'ouvrage

Page de titre
Dans sa dédicace à Monseigneur de Machault, Chevalier, Garde des Sceaux de la France, ministre d’Etat, il souhaite que sa publication devienne "
utile à la société, en réveillant l’émulation des citoyens pour cette partie trop négligée de l’agriculture".

Dédicace à Monseigneur de Machault
"Mon premier plan étoit de donner un traité général de toutes les parties du jardinage, qui auroit compris les potagers et les fruitiers, la situation, l’expostion et la distribution que demande un jardin utile, la préparation des terres, et toute ce qui pouvoit en dépendre ; mais pour traiter chacune de ces parties à fond, dans le même ordre que je traite celle-ci, et que j’ai traité précédemment l’article du pêcher, l’ouvrage devenoit si considérable, qu’il m’eut fallu un nombre d’années pour le perfectionner. J’ai donc jugé plus à propos, pour le bien de la chose même, de prendre chaque partie séparément ; et comme celle des plantes potagères m’a paru la plus intéressante, n’ayant jamais été traité en règle, j’ai commencé par celle-ci. Si le Seigneur m’accordre des jours, je traiterai les autres successivement, et je commencerai incessamment par un traité du poirier. " (extrait de l’utilité et de l’agrément du jardin potager)
Il se réfère à quelques auteurs, et dit toute sa gratitude aux maraîchers : "
J’avoue donc que c’est aux maraîchers que je dois la plus grande partie de ce que je sais en matière de plantes potagères, et c’est eux qu’il faut consulter quand on veut s’instruire".
L’Arehn possède l’œuvre en deux tomes. Deux autres monographies complètent les livres :
Traité de la manière de semer (inclus dans le tome premier) et
Traité de la culture des pêchers (inclus dans le tome second).
Tome premier
L’école du jardin potager, contenant la description exacte de toutes les plantes potagères, leur culture, les qualités de terre, les situations et les climats qui leur sont propres, leurs propriétés, les différents moyens de les multiplier, le temps de recueillir les graines, leur durée, etc. .- 4
e édition, augmentée du
Traité de la culture des pêchers ; et à laquelle on a joint
La Manière de semer en toute saison .- Paris : Delalain Le Jeune, 1744 .- 414 p.
Epître à Monseigneur de Machault, chevalier, garde des sceaux de France, Ministre d’Etat
Traité de la manière de semer (86 p.)
Première partie des plantes potagères
Avis sur ce catalogue
Des principaux travaux et soins que demandent les plantes potagères
Travaux du jardinier d’un grand potager, distribués dans les mois où ils doivent se faire, pour avoir beaucoup de légumes de la meilleure qualité, le plutôt et le plus long-temps possible
L’Ecole du jardin potager
Chapitre premier : de l’utilité et de l’agrément du jardin potager
Chapitre deux : des couches, de la manière de les faires, et de tout ce qui y a rapport
Chapitre trois : de l’emploi et de l’économie des couches
Chapitres IV à XXVI, consacrés aux espèces : description, les différentes espèces, leurs propriétés, leur culture, etc. : absinthe, ail, alléluia, anis, aroche, artichaut, asperge, basilic, baume, betterave, blé de Turquie, bourrache, buglose, câpre, capucine, caron, carotte, céleri, cerfeuil, champignon, chervis, chicorée, chou
Tome second
L’école du jardin potager, contenant la description exacte de toutes les plantes potagères, leur culture, les qualités de terre, les situations et les climats qui leur sont propres, leurs propriétés, les différents moyens de les multiplier, le temps de recueillir les graines, leur durée, etc. .- 4
e édition, augmentée du
Traité de la culture des pêchers ; et à laquelle on a joint
La Manière de semer en toute saison .- Paris : Delalain Le Jeune, 1744 .- 445 p. + 113 p. (Traité sur la culture des pêchers)
Chapitres XXVII à LXXIX : ciboule, citrouille, cive, concombre, corne-de-cerf, courge, cran, cresson, échalote, épinard, estagon, fenouil, fève de marais, garderobe, haricot, laitue, lavande, laurier, épicerie, mâche, marjolaine, mélisse, melon, melongène, moutarde, navet, oignon, oseille, panais, patience, percepierre, persil, pimprenelle, poireau, poirée, pois, poivre long, pourprier, raiponce, rave radis, romarin, roquette, rue, salsifis d’Espagne, salsifis commun, sarriette, sauge, thym, topinambour, trique-madame, truffe
Table des maladies qui peuvent être guéries ou soulagées par l’usage des plantes potagères
Traité de la culture des pêchers, nouvelle édition .- 1744
Combles publie d’abord le
Traité de la culture des pêchers, la pêche étant un fruit prisé au XVIII
e siècle. Roger Schabol, autre féru de jardinage et d’arboriculture, publiera également des informations sur les pêchers de Montreuil en 1755, et plus tard,
La théorie et la pratique du jardinage, en 1782.

Combles évoque les arboriculteurs de Montreuil
NB : Dans le tome 2, les pages 345 à 344 sont absentes, remplacées par des pages déjà présentes (275-280) sur l’oignon.
En complément : Le potager du XVIIe et XVIIIe siècles
Le potager dans son appellation actuelle est né au XVII
e siècle, le potager étant le lieu où l’on cultive les aliments "pour le pot". Mais la culture vivrière est elle bien évidemment plus ancienne, puisque certaines variétés sont jardinées depuis des siècles voire des millénaires, comme les céréales.
Le lieu de production de plantes est au Moyen Age clos de murs, de haies ou de palissades, souvent dans les cloîtres et les abbayes. Il acquiert ses lettres de noblesse avec le modèle des jardins arabo-andalous, qui allient avec charme le jardin vivrier et le jardin d’agrément.
Le jardin devient l’apanage des riches. C’est l’un des signes extérieurs qui confère au propriétaire son rang social. Le potager-verger est encore, même s’il permet de pourvoir de façon régulière à l’approvisionnement de leurs tables, une préoccupation mineure.
C’est à partir du XVI
e siècle que le potager va prendre son envol. Les changements d’habitude alimentaire de la Cour et de nobles doivent beaucoup semble-t-il à la Renaissance et à l’influence italienne. Les légumes, autrefois considérés comme la nourriture des paysans (parce qu’issus de la terre) se retrouvent à la mode, et la cuisine devient un art. Les livres de recettes de l’époque traduisent bien la folle diversité des mets.
L’époque s’y prête, qui se pique de science, d’expérimentation et de recherches. Les grandes explorations des XVI
e et XVII
e siècles ramènent de nombreuses espèces exotiques, que l’on se doit d’acclimater et cultiver. Le commerce des graines fait florès, permettant une meilleure diffusion de variétés nouvelles.
Puisqu’il faut produire ces nouveaux produits luxueux, certains savants se lancent dans l’agronomie.
L’un des premiers, le célèbre céramiste Bernard Palissy se fait paysagiste pour décrire en 1563, dans sa
Recepte veritable […] sa ville-forteresse et son jardin idéaux. Il y décrit des techniques de culture novatrices, comme l’utilisation de l’engrais ou du compost.
Olivier de Serres publie son traité d’agronomie
Théâtre d’agriculture et mesnage des champs en 1600. Il offre là un ouvrage considérable pour l’agriculture et l’économie rurale et scientifique. De nombreuses techniques y sont mentionnées.
En 1690 paraît à titre posthume l’ouvrage de Jean de la Quintinie
Instructions pour les jardins fruitiers et potagers, où sont consignés toutes ses observations. Jardinier en chef de Louis XIV, il a en charge le Potager du Roi. Pour le Roi, il expérimente des techniques de culture et de production, afin d’obtenir des maturations plus rapides, des légumes exotiques acclimatés. Pour cela, il développe les serres, les cloches, l’emploi des couches d’amendement, les orangeries, etc.
Les jardins sont alors le terrain de recherche. C’est même un aller-retour constant entre les champs et le jardin, entre la grande échelle et la petite échelle, certaines techniques s’employant dans les deux cas, comme l’emploi de la fumure, la pratique du forçage.
Les auteurs ne sont pas en reste. On assiste à une explosion des titres de traités ou de manuels sur l’agronomie. Pas moins de 130 titres sont recensés au XVII
e siècle. Au XVIII
e siècle, des auteurs comme Schabol, Duhamel ou encore de Combles se distinguent.
Ils dénotent de la vitalité d’un secteur agricole, soucieux de cultiver les nouvelles espèces découvertes et rapportées des lointaines contrées, mais aussi de cultiver les variétés médicinales, aromatiques, les salades, qui font toute la variété du "pot". Le potager du XVII et XVIII
e siècle est donc plus riche en espèces que ne le sont nos jardins actuels. Quasiment toutes les espèces exotiques sont à présents acclimatées et cultivées, tandis que les espèces anciennes, natives, sont encore pour la plupart cultivées, comme le chervis, les pourpiers ou encore la capucine. Certaines espèces, ramassées jusqu’alors, qui n’étaient pas encore cultivées, le sont à cette époque.
La variété de légumes est grande aux XVII et XVIII
e siècle : légumes-racines (betteraves, carottes, persil-racine, chervis (racine filandreuse), scorsonères, topinambours, salsifis) ; légumes verts (oseille, épinards, choux, blettes, bonne-dame ou arroche) ; salades (laitue, pourpier, chicorée, raiponce, mâche) ; fournitures (estragon, cresson, roquette) ; racines-condiments (oignons, aulx, échalotes, poireaux) ; herbes odoriférantes (basilic, thym, fenouil, sauge, romarin, violettes) ; légumes-fruits (asperges, aubergines, cardons, concombres, artichauts, melons, citrouilles)
Si le potager est initialement le fait des familles aisées, le développement de la bourgeoisie oblige à une organisation de la fourniture de denrées alimentaires plus structurée. Au fil des ans, les cultivateurs utilisent les terrains marécageux, siège d’une bonne terre propice à la culture vivrière, à la périphérie de Paris et des grands bourgs, pour pouvoir approvisionner sans dommages (les fruits et légumes sont vite périssables) la population des villes. Ce seront les maraîchers.
Le jardinage connaît une perte de vitesse au XIX
e et au XX
e siècles, où l’agriculture industrielle et les transports donnent une autre dimension à l’approvisionnement des villes. L’auto-suffisance alimentaire est moins d’actualité. Les voies de communication plus nombreuses puis les camions frigorifiques auront raison des petits potagers.
Subsistent néanmoins des jardins potagers, les jardins ouvriers (maintenant appelés jardins familiaux). Institués par l’abbé Lemire, député-maire d’Hazebrouck, en 1896 pour améliorer la vie des familles ouvrières du nord de la France. Ils ont une vocation alimentaire, hygiénique, sociale et morale.
Néanmoins, le potager retrouve une nouvelle jeunesse depuis plusieurs années, où l’on se réapproprit le plaisir de cultiver soi-même son lopin de terre et de savourer les produits à la saveur oubliée. On y retrouve un contact avec la nature et un sens des saisons. Cultiver son potager, c’est aussi appréhender l’environnement dans toutes ses dimensions (recyclage, ressources en eau, produit de proximité…).
Sources
Auteur
Nouvelle biographie générale, tome 11
Bibliographie Universelle Michaud, tome 8
Complément
ABCdaire des légumes (l') .- Paris : Flammarion, 1997 .- ill. ; 22 cm .- 119 p. .- (ABCdaire ; 48)
Créer son potager / DANNEYROLLES, Jean-Luc.- Arles : Actes sud, 2003 .- ill. ; 24 cm .- 203 p.
Grand livre des fruits et légumes (le) : histoire, culture et usage / MEILLER, Daniel ; VANNIER, Paul .- Besançon : La Manufacture, 1991 .- ill. ; 31 cm .- 415 p.
Histoire de légumes des origines à l'orée du XXI
e siècle / PITRAT, Michel (coord.) ; FOURY, Claude (coord.)
.- Paris : INRA, 2003 .- ill. ; 24 cm .- 410 p.
Jardin Vivrier ou à la recherche des légumes oubliés (le) / CORBIN, Daniel ; CORBIN, Martine.- Paris : Nathan, 1993 .- ill. ; 29 cm .- 143 p.
Potager (le) : manuel d'agronomie jardinière / THOREZ, Jean-Paul.- Arles : Actes sud, 2004 .- ill. ; 24 cm .- 267 p.
Préparation à la visite du potager du Roi (Versailles) : fiche enseignant .-
http://www.potager-du-roi.fr
Voir aussi les fiches de l’Arehn sur
Jean de la Quintinie :
http://www.arehn.asso.fr/centredoc/livres/quintinie/intro.php
Olivier de Serres :
http://www.arehn.asso.fr/centredoc/livres/liger/complement.php