Abbé Cochet - La Normandie souterraine


L’abbé Cochet est l’un des fondateurs de l'archéologie en tant que science en France. Cet érudit haut-normand reste une référence pour la Seine-Maritime et ses chercheurs en archéologie.

Titre : La Normandie souterraine ou notice sur des cimetières romains et des cimetières français explorés en Normandie
Auteur : Abbé Cochet
Edition : 1854, Rouen, Lebrument Libraire-Editeur
Format : 25 cm


L’auteur : Abbé Cochet (Jean Benoît Désiré)



Né à Sanvic (aujourd’hui quartier du Havre) le 7 mars 1812, l’abbé Cochet est fils d’un ancien soldat de l’Empire. Il passe son enfance à Etretat où son père est garde-côte. Ses prédispositions intellectuelles sont remarquées par un prêtre du Havre, l’abbé Robin, qui le fait admettre au Collège du Havre en 1827. L’année suivante, il poursuit ses études au séminaire.

C'est à 18 ans qu'il se prend de passion pour l'archéologie lorsque les restes d'une villa gallo-romaine sont découverts à Etretat. Il s’investit alors dans les fouilles et en 1834, reconnu par les professionnels, il est nommé membre correspondant de la Commission des antiquités. Il a alors 22 ans.

Ordonné prêtre en 1836, sa carrière ecclésiastique est de courte durée : à peine dix ans. Dès 1945, elle est interrompue à la suite d’une "névrose générale", forme de dépression nerveuse qui l’accompagne tout au long de sa vie.



Désormais, malgré une santé qui le préoccupe constamment, il exerce une activité prodigieuse, parcourant la Normandie dans tous les sens pour visiter les églises et les monuments, les décrire, les faire restaurer, entreprenant des voyages à l’étranger pour y voir musées et collections privées et y rencontrer d’autres érudits. Il entreprend aussi de nombreux chantiers de fouilles sur tout le département.

Ses travaux d’exploration des antiquités romaines et de l’archéologie franque lui confèrent rapidement une grande notoriété. Il est considéré comme un archéologue de terrain même si il ne participe pas directement aux fouilles. Sans doute, lui a t-on reproché des méthodes de fouilles parfois expéditives, mais il faut savoir replacer ses travaux à leur époque. Il est véritablement considéré comme un pionnier de l’archéologie franque.

Parallèlement à ces activités, il multiplie les publications. Il poursuit ses ouvrages sur les églises du département. Les églises de l’arrondissement de Dieppe paraissent en 1850 et celles d’Yvetot en 1852. Il consigne aussi dans La Normandie souterraine ou notices sur des cimetières romains et des cimetières francs explorés en Normandie en 1854, puis dans Les sépultures gauloises, romaines, franques et normandes en 1857, le résultat de ses fouilles. Enfin, Le tombeau de Childéric, paru en 1859, constitue une synthèse de ses recherches sur l’archéologie franque. En 1864 il publie La Seine-Inférieure historique et archéologique, qui regroupe de nouvelles études sur les vestiges des époques gauloises, romaines et franques. De toutes ces recherches et ses voyages, il tire en 1871 un inventaire, le Répertoire archéologique du département de la Seine-inférieure.

Parallèlement, il est reçu membre à l’Académie à Rouen, devient correspondant du Comité des travaux historiques et des Sociétés savantes dès 1843, puis est nommé inspecteur des monuments historiques pour le département de Seine-Inférieure en 1849. Cochet est aussi membre de nombreuses sociétés savantes.

En 1867, il devient conservateur du Musée des Antiquités de Rouen, s’installe dans la ville. Il faut noter que le Musée s’accroît au rythme des dons réalisés par le produit de ses fouilles.

En avril 1875, il est frappé de paralysie et s'éteint le 1er juin de la même année.


L’œuvre : La Normandie souterraine ou notice sur des cimetières romains et des cimetières français explorés en Normandie



Page de titre
Encouragé par ses proches, l’abbé Cochet décide de rassembler le résultat de ses fouilles dans un seul ouvrage. La Normandie souterraine paraît en 1854 et s’attache à décrire les objets des cimetières de Seine-Inférieure. Ses explorations "se sont (…) fixées préférablement sur les cimetières gallo-romains et francs-mérovingiens. La raison de cette préférence de ma part a été d’abord l’intérêt que présente cette partie de notre archéologie nationale, encore inexplorée et peu connue ; puis l’avantage d’obtenir plus abondamment pour notre musée départemental des pièces de collection".


L’AREHN dispose dans son fonds ancien d’un exemplaire de La Normandie souterraine mis en dépôt par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Cet exemplaire est une édition ayant appartenu à Raoul Fortin selon l’étiquette figurant comme ex-libris.

Dans une première partie, l’abbé Cochet décrit les sépultures en général. Véritable initiateur pour la sépulcrologie, ses fouilles ont essentiellement lieu dans les cimetières.











Il a vu que ce sont dans les tombeaux, que se trouve la plupart des documents concernant les hommes de ces époques. Cette forme d’archéologie invite à explorer un monde particulier, qui n’est plus celui des vivants mais qui n’est pas non plus celui des morts. Les objets, parures, ou pièces retrouvés renseignent à la fois sur les rites funéraires des peuples passés mais aussi sur leurs civilisations.


Fouilles de Lillebonne en 1853, p. 97

Il explique ses méthodes de fouilles qui font appel a toutes les connaissances : paléontologie, ferronnerie, numismatique, joaillerie, armurerie, mais surtout à la céramique. Il a permis à l’archéologie normande et française de progresser à pas de géants. Avec l’abbé Cochet, elle devient une science. Nous trouvons aussi bien l’étude stratigraphique, la description des terrains, des objets in situ, l’exploitation élargie et raisonnée des résultats et des observations par la méthode comparative.

Pour faciliter la compréhension du lecteur, Cochet différencie les cimetières gallo romains et francs.

Les premiers n’enterrent pas leurs morts mais les incinèrent et les déposent ensuite dans des urnes. A côté de l’amphore funéraire, on trouve de nombreux objets tel que des cuillères en argent, épingles en os, fibules (épingles à cheveux), tablettes à écrire, bagues, vases, monnaies et des récipients qui contenaient des offrandes. Cochet insiste sur le style "d’une élégance exquise" des objets. Il parle des gallo-romains comme d’" un peuple riche, cultivant les arts". A cela, s’opposent les francs. Ces derniers inhument leur mort (depuis le IVe siècle). Le cadavre est déposé dans un coffre de bois ou dans un cercueil de pierre puis descendu dans une fosse de craie. Il est habillé de ses plus beaux habits et paré de son plus riche butin. Autour de lui, on trouve ses armes, ses outils, ses bijoux et un mobilier funéraire fait de vases en terre ou en verre, de récipient en bronze ou en bois. Pour Cochet, le franc est "grossier dans ses mœurs, commun dans ses étoffes, simple dans ses habitudes, étranger aux arts et à l’industrie". Pour l’auteur, la différence entre les deux types de cimetières "est si frappante, si saisissable, que l’œil le moins exercé ne saurait s’y tromper".

Sa seconde partie est dédiée aux cimetières romains avec un bref aperçu historique sur leurs modes de vie. Puis, Cochet s’attelle à retracer les fouilles effectuées dans chaque commune. Pour certaines il cite même le montant du crédit alloué par le Conseil Général. Tout le mobilier funéraire retrouvé est noté.

Ses fouilles, si imparfaites qu’elles apparaissent actuellement, lui ont permis de dépasser le stade de la simple énumération, pour dresser un tableau du département à l’époque gallo romaine : voies de communication, habitats, coutumes funéraires, productions artisanales…

Notre vision de la Normandie gallo romaine demeure encore, a bien des égards, celle qu’il nous a léguée.


Monnaies Franques d’Envermeu 1852 p. 392

Sa troisième partie est dédiée aux cimetières francs.

Quand il entreprend ses premières fouilles mérovingiennes à Londinières ou Envermeu, d’autres trouvailles étaient faites presque simultanément en France ou à l’étranger. Ses recherches portent essentiellement sur la vallée de l’Eaulne. En examinant l’orientation des tombes, l’attitude des corps, la terre qui entourait le squelette, il a su tirer le maximum de renseignements. Dans cette partie il tente de restituer l’histoire des localités. Toutes ces pièces exhumées nous renseignent sur les rites funéraires, les usages, les techniques et l’art de cette civilisation. Cochet est considéré, à juste titre comme un pionnier de l’archéologie franque.


Monnaies et antiquités Franques de la vallée de l’Eaulne, p. 247


Monnaies et antiquités Franques d’Envermeu, p. 288


Antiquité Franque de la vallée de l’Eaulne, p. 268


Antiquité Franque de la vallée de l’Eaulne p. 310

Il a beaucoup insisté sur l’importance de la céramique. Chacune de ses études comprend toujours de très nombreuses reproductions de vases, urnes, tessons.


Vases de Londinières

La lecture des tables des matières de ses ouvrages est très suggestive sur ce point et quant à sa méthode : classement des tombes par époques, classement des objets par catégories. Insistons sur les irremplaçables tables des matières données sous forme d’index.

Son ouvrage est agrémenté de notes de bas de page dans lequel il indique notamment ses sources.

Plaques de ceinturon


Plaques de ceinturon


Bouclier Franc trouvé à Londinières en 1852


En complément : Petit historique de la lèpre des monuments



Statue abîmée par la pollution
Au siècle dernier le charbon, relayé après la guerre par le mazout, recouvrait les murs d'une couche de suie uniforme. Au début des années 1960, André Malraux, alors ministre des affaires culturelles, eut l'excellente idée d'imposer le ravalement décennal des façades des bâtiments publics et des immeubles privés.
A défaut d'arrêter la pollution à la source, on s'efforçait d'en supprimer les effets sur les murs qui, effectivement, étaient restés très noirs jusqu'à cette mesure. On s'aperçut cependant que les façades reprenaient très vite leurs sombres couleurs, alors même que le charbon avait pratiquement disparu de l'Hexagone et que les chaudières à mazout avaient fait de grands progrès. Dans les années 1970-1980, on a cru trouver la parade avec la conversion au gaz naturel et à l'électricité. Cette fois, plus de fumées, plus de poussières, plus de suies. Hélas, c’était sans compter sur les rejets industriels – les pluies acides – et leur fameux SO2 ou dioxyde de soufre qui réagit au contact des grès et calcaires pour former du gypse dans les pores et fissures des roches. De telles réactions sont responsables de l’altération superficielle d’innombrables statues, monuments publics et constructions diverses.

Cette pollution par le SO2 a culminé en France jusqu'au début des années 1970. Depuis, elle n’a cessé de diminuer. Le déterminant principal est réglementaire, avec la loi de 1976 sur les installations classées, qui fixe des normes pour les rejets, appliquée par les toutes neuves directions régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement (Drire).

Aujourd’hui, même si l’on a fortement diminué les nuisances urbaines dues aux activités industrielles, les émissions polluantes des véhicules ont largement pris le relais sous forme de gaz ou à l’état de particules.


Altération des matériaux liées à la pollution atmosphérique


Ces dégradations se manifestent par des zones blanches, grises ou noires et leurs épaisseurs s’étendent de quelques millimètres à plusieurs centimètres. Elles sont généralement réparties de façon non uniforme. Dans la plupart des cas, lorsque ces couches restent peu épaisses, les reliefs originels de la pierre sont conservés. Par contre, lorsque leur épaisseur atteint plusieurs centimètres, elles prennent des formes irrégulières qui modifient complètement l’aspect de la surface. Elles dépendent de plusieurs facteurs : du type de l’intensité de la pollution rencontrée, de la nature de la pierre, de la géométrie, de la surface et de son exposition à la pluie.


La lutte contre les maladies des pierres


Ravalements restaurations sont entrepris depuis quelques décennies, avec un certain succès, dans les villes mais le coût des traitements reste un frein important pour bon nombre de communes.


Sources



Auteur


BRAQUEHAIE, Léon (1889)
Abbé Cochet au Havre sa maison natale (l’) : hommages rendus à sa mémoire  .- Rouen : Librairie A. Bourdignon fils  .- ill. ; 24 cm  .- 16 p.

BRIANCHON, M. (1877)
Abbé Cochet (l’) : ecclésiologue et antiquaire chrétien  .- Dieppe : Imprimerie Paul Leprêtre et Ce  .- ill. ; 23 cm  .- 36 p.

MANNEVILLE, Philippe (1977)
Jean, Benoit, Désiré Cochet, archéologue Havrais  .- Annales du museum du Havre , 7, mars 1977  .- pp. 1-20

SEINE-MARITIME. Musée départemental des antiquités (1975)
Normandie souterraine : l'abbé Cochet et l'archéologie au XIXème siècle (la)  .- Rouen  : Musée départemental des antiquités  .- ill. ; 24 cm  .- Pagination multiple

Fédération des archéologues du Talou et des régions avoisinantes
http://www.chez.com/fatra/dos1.htm


Complément


CHAMBLEY, Hervé (2002)
Environnements géologiques et activités humaines  .- Paris  : Vuibert  .- ill. ; 24 cm  .- 512 p.

CANS, Roger (1994)
Heures locales : dossier des villes condamnées à l’asphyxie  .- Le Monde , 9 octobre 1994

THOREZ, Jean-Paul (2000)
Pollution de l'air et santé : questions d'atmosphère  .- AREHN infos , 19, novembre-décembre 2000  .- pp. 1-4

Lig’air
http://www.ligair.fr/fichiers/dossiers_pollution/la%20pollution%20et%20le%20patrimoine%20b%C3%A2ti.pdf