Alfred-Edmund Brehm - La vie des animaux illustrée


Zoologiste explorateur allemand du XIXe siècle, Alfred-Edmund Brehm est un grand vulgarisateur, connu pour son œuvre principale La vie des animaux.

Titre : La vie des animaux illustrée : description populaire du règne animal
Auteur : Alfred-Edmun Brehm
Edition : Paris, Baillière, s. d., 4 volumes (mammifères et oiseaux)
Format : grand in-8

L’auteur : Alfred-Edmun Brehm



Alfred-Edmund Brehm nait le 2 février 1829 à Unter-Renthendorf, en Saale-Holzland-Kreis. Fils du célèbre pasteur ornithologue Christian Ludwig Brehm, il est le deuxième d’une famille de 7 enfants. Il bénéficie de la passion de son père pour la nature, et les oiseaux en particulier. Très jeune, il est initié aux promenades dans la nature, à la chasse et à la naturalisation des oiseaux.

En 1844, il veut étudier l’architecture. Pour se faire, il doit commencer par des études de maçonnerie. Il en profite pour étudier également le dessin. Il termine ses études d’architecte. Mais un ami de son père, le Baron von Müller lui propose, en 1847, de l’emmener dans une expédition de chasse en Afrique. La perspective de découverte étant plus fascinante que l’université, il s’embarque avec le baron.

Au début de leur voyage ils accompagnent des missionnaires, mais bien vite ils continuent seuls. Leurs pas les mènent en Egypte et au Soudan. Néanmoins, Brehm n’arrive plus à se contenter de dépouilles d’animaux chassés. Il s’intéresse plus à la vie, la vraie vie, zoologie mais aussi us et coutumes des hommes. Il se brouille avec Müller et finit par rentrer en Allemagne.

Il publie ses Croquis de voyage en provenance d’Afrique du nord en 1853.

Il reprend des études de zoologie à Jena. Les notes qu’il a prises en Afrique lui servent de base à la rédaction de son doctorat, qu’il passe en 1855.

En 1858, il déménage à Leipzig. Son rêve est de devenir journaliste scientifique, écrire des articles de vulgarisation. Il publie dans des revues populaires comme Die Natur ou Aus der Heimat. Mais le métier paie mal et il se résigne à enseigner la biologie et la géologie dans une école de filles de Leipzig.

Il se marie le 14 mai 1861 avec sa cousine Martha, de 11 ans sa cadette.

Il publie la même année La vie des oiseaux.

En 1862, le duc Ernst II de Sachsen-Coburg-Gotha lui offre de l’accompagner pour une grande chasse en Egypte et dans les montagnes Bogos. Brehm, peu satisfait de son métier d’enseignant, accepte, emmenant avec lui sa femme.

Victimes des fièvres, ils sont obligés de revenir en Allemagne.

Il devient ensuite directeur du jardin zoologique de Hambourg. Fort de son expérience africaine, il souhaite présenter les animaux dans un environnement le plus proche de leur habitat originel. Il a tout loisir également d’observer et d’étudier les animaux. Malheureusement, ses idées se heurtent à certains dirigeants et il est licencié.

Le grand dessein de sa vie, c’est d’écrire. Il souhaite transmettre à tous les lecteurs l’émerveillement qu’il ressent pour la nature. Sa grande œuvre sera l’encyclopédie de zoologie Die Tierleben (La vie des animaux illustrée), publiée entre 1864 et 1869. Brehm est un vulgarisateur, qui sait utiliser des mots simples pour s’adresser au public et non pas aux savants. Son style est clair, sans jargon scientifique.

En 1869, il prend la tête de l’Aquarium de Berlin. Il démissionne de son poste cinq ans plus tard, victime d’un épuisement physique et psychique.

Reposé, il monte, avec son ami Otto Finch, une expédition en Sibérie occidentale en 1876. Et il accompagne le dauphin autricien Rudolph dans un voyage dans le delta du Danube et en Espagne. Ses talents d’organisateur font merveille dans ces explorations scientifiques.

En 1878, sa femme meurt, puis en 1884 son plus jeune fils. Brehm le suit de peu, le 11 novembre 1884, dans le Rethendorf.


L’oeuvre : La vie des animaux illustrée : description populaire du règne animal



Page de titre d’un tome
Brehm est un vulgarisateur de talent, qui a publié de nombreux articles et livres sur les animaux.

Il publie en 1864 son encyclopédie La vie des animaux illustrée chez Herrmann Julius Meyer, imprimeur de Leipzig. Ce livre est un gros succès éditorial, une deuxième édition allemande voit le jour entre 1876 et 1879. La troisième édition, parue de 1890 à 1893 se vendit à 17 400 exemplaires en 1893.

D’un accès simple et clair, il permet à tous les curieux de découvrir le règne animal. La faune des cinq continents est représentée, l’auteur s’appuyant sur ses voyages pour présenter au public la vie des animaux. Brehm souhaite un outil pour les savants, assez précis et rigoureux au niveau scientifique, mais aussi attractif et amusant pour instruire les curieux néophytes.













Son livre doit également être utile aux agriculteurs, industriels, qui trouveront dans ses pages des informations sur les utilisations des animaux (soins aux animaux, domestication, ressources alimentaires, etc.) ou sur les moyens de s’en protéger (animaux nuisibles, etc.).


Utilisation du musc

Il consacre régulièrement, en fonction des espèces, un paragraphe à la chasse, pour y narrer son plaisir de chasseur, ou au contraire parfois pour mettre en exergue les abus de certaines pratiques.


Exemple de paragraphe sur la chasse

Son ouvrage peut se lire comme autant de saynètes prises sur le vif, agrémentées de nombreuses vignettes en noir et blanc, insérées dans le texte. Quelques planches complètent son propos. Les illustrateurs sont nombreux à avoir participé à l’ouvrage.


Exemples de signatures en bas des vignettes

La Vie des animaux est un classique dans tous les foyers.

L’ouvrage, en 4 volumes, appartient au fonds du muséum d’histoire naturelle de Rouen. C’est la traduction de l’édition allemande, revue par Zéphirin Gerbe, naturaliste français qui fournit l’édition française des 4 volumes de Brehm en 1869-1870. La date n’est pas mentionnée sur l’ouvrage.


Les quatre volumes

La facture est typique de l’imprimerie du XIXe siècle, son état est moyen. Le dos des volumes est en cuir avec des gravures dorées.

Deux volumes sont consacrés aux mammifères, deux autres aux oiseaux


Présentation des volumes

Brehm utilise une classification bien à lui, qu’il estime plus simple à appréhender que les classifications scientifiques.

L’ouvrage en 2 volumes sur les mammifères commence par une présentation des caractères communs (anatomie, physiologie, etc.). Il en va de même pour la partie sur les oiseaux.

Ensuite, pour chaque description, Brehm utilise les mêmes paragraphes, en fonction des caractéristiques de l’animal : caractères, mœurs, habitudes et régime, distribution géographique, chasse, captivité, domestication, préjugés, maladies, usages et produits, ennemis naturels, etc.

Les mammifères

-          1 – 765 p. ; nombreuses figures dans le texte + 18 pl. hors-texte
Quelques taches d’humidité parsèment la fin de l’ouvrage
Primates
Chiroptères
Onguiculés

-          2 – 870 p. ; nombreuses figures dans le texte + 20 pl. hors-texte
Marsupiaux
Rongeurs
Edentés
Monotrèmes
Ongulés
Pinnés
Sirènes

Lemmings de Norvège


Le tigre Royal

Les oiseaux

La classification utilisée pour les oiseaux


- 1- 790 p. ; nombreuses figures dans le texte + 19  pl. hors-texte
Les broyeurs
Les passereaux
Les prédateurs
Les chanteurs

- 2- 905 p. ; nombreuses figures dans le texte + 20  pl. hors-texte
Les investigateurs
Les pulvérisateurs
les coureurs
les nageurs
Les plongeurs

Le serpentaire reptilivore


Le panure à moustaches


Le Circaëte jean-le-blanc

L’Agence possède également une version allemande, datant de 1925-1927 de Tiersleben, en caractères gothiques


Page de titre en allemand


En complément : la girafe Zarafa à Paris



La girafe
Après le siècle des Lumières, le XIXe siècle est celui de la vulgarisation scientifique de masse. Nombreux journalistes et savants se chargent par divers moyens de diffuser l’information scientifique et technique. Les premiers reportages apportent au grand public le goût du lointain et de l’exotique.

Et certains événements, qui n’avaient pas au départ une visée scientifique, entraînent parfois des réjouissances populaires et un engouement « naturaliste ».

C’est le cas de la girafe Zarafa, dont l’arrivée sur le territoire restera un événement dans la vie des Français en 1828-1829.

Tout commence par la politique. En 1824, le Pacha d’Egypte Mehémet Ali souhaite rentrer dans les bonnes grâces du roi de France Charles X. Il a en effet aidé le sultan turc dans sa lutte contre les Grecs, soutenus eux par les français. Pour faire diversion, il décide, conseillé en cela par le vice-consul de France Bernadino Drovetti, d’offrir au roi de France une girafe. L’idée est judicieuse, Charles X a émis le souhait d’enrichir la ménagerie royale.

La girafe a de tout temps été un cadeau diplomatique traditionnel dans le monde arabe médiéval, puis entre l’Orient et l’Occident. Mais pour la France, il s’agit d’un présent inestimable, les quelques girafes vues sur le sol européen ne l’ont été qu’à l’époque de Jules César, des Médicis, et lorsque Jean-François Vaillant en introduit une, naturalisée, en 1785.

La mise en œuvre de cette expédition commence au Soudan, au sud de Karthoum, où une jeune bébé girafe massaï est capturée. Accompagnée de quatre guides, de trois vaches laitières (elle boit 25 litres de lait par jour), deux moutons et d’une antilope, elle chemine alors jusqu’à Alexandrie, d’où elle traverse la Méditerrannée sur un bateau spécialement réaménagé pour elle. Elle touche le sol français le 26 octobre 1826, après un voyage sans encombre.

Dès lors, la fièvre de la girafe s’empare du public. Marseille se presse pour admirer l’animal exotique aux dimensions si spectaculaires. L’hiver approchant, il est convenu de laisser Zarafa, c’est son nom, à Marseille, durant les mauvais jours. L’option choisie pour continuer le voyage vers Paris est de la faire via la France, à pieds, plutôt que de poursuivre l’expédition en bateau.


Chenu parle de Zarafa dans son Encyclopédie d’histoire naturelle

Elle passe donc son premier hiver européen bien au chaud, sous les yeux de Geoffroy Saint-Hilaire, dépêché à l’occasion auprès de cet émissaire diplomatique exotique d’un genre nouveau. Beau manteau à deux pans (l’un pour le cou, l’autre pour le corps), bottes confectionnées à l’occasion, rien n’est laissé au hasard pour choyer la girafe de 4 mètres déjà si populaire.

Le 20 mai 1827 enfin, elle reprend la route vers sa destination finale, Paris. Au fil des 41 jours et des 900 km que dure son périple, la foule s’enflamme sur son passage. Elle emprunte les villes d’Aix, d’Avignon, de Valence, de Lyon, d’Auxerre et de Fontainebleau. A chaque fois, elle reçoit le même accueil enthousiaste, à tel point qu’il faut une escorte de gendarmes pour la prémunir des sollicitations des badauds. 30 000 personnes se pressent à Lyon pour l’admirer, elles sont 60 000 à l’accueillir à son arrivée à Paris. Le 9 juillet 1827, elle est présentée au Roi à Saint-Cloud, après un périple de 3 ans et 3 800 km parcourus.

Alors, la « girafomania » s’empare de Paris. Rien n’y résiste, mode, coiffure, bibelots, chansons, spectacles…

Zarafa va tranquillement s’installer à la Ménagerie royale, actuel Jardin des Plantes, où elle coule des jours heureux durant 18 ans, sous les yeux éblouis de milliers de visiteurs.

Morte en 1845, elle est naturalisée et offerte en 1936 par le Muséum national d’histoire naturelle au Muséum d’histoire naturelle de la Rochelle, où l’on peut toujours l’admirer.

Girafe dans l’’histoire naturelle de Paul Gervais


Sources



Auteur et oeuvre


Alfred Brehm (1829-1884) .- http://www/mdr.de/geschichte/personen/125581.html

Alfred Edmund Brehm .- http://fr.wikipedia.org


Complément


La Girafe de Charles X / Michael Allin .- Paris : Lattès, 2000 .- 273 p.

Zarafa 1845 / Bruno Bonhoure ; Marie-Eve Herpin .- Paris : Destination 2055, 2005 .- Non paginé ; 5 x 5 cm

Savants et ignorants / Daniel Raichvarg ; Jean Jacques .- Paris : Seuil, 2003 .- pp. 299-300 .( Points. Sciences ; 155)

La girafe du Roi de France : quelle histoire (Muséum d’histoire naturelle de la Rochelle)
http://perso.wanadoo.fr/musees-la-rochelle/museum/expo_2.htm#titre

La première girafe en France / Philippe Guillet (dir.) In Trésors des muséums de France, Paris, Editions de la Martinière, 1994 .- p. 27