Alphonse de Brébisson - Flore de la Normandie
Alphonse de Brébisson, botaniste de talent, a multiplié les études floristiques en Normandie pendant cinquante ans, apportant ainsi une connaissance très approfondie de la flore de notre région.
Titre : Flore de la Normandie
Auteur : Alphonse de Brébisson
Edition : 1836, Caen, Hardel
Format : duodecimo
L’auteur : Alphonse de Brébisson

Alphonse de Brébisson est né en
1798 à Falaise (Calvados).
Il passe sa jeunesse au milieu des nombreuses collections d’histoire naturelle de son père, Jean-Baptiste de Brébisson, entomologiste distingué. Adolescent, il a la chance d’assister aux rencontres entre son père et d’éminents savants du Muséum national d’histoire naturelle, comme l’entomologiste Pierre-André Latreille (1762-1833), le botaniste Antoine-Laurent de Jussieu (1748-1836) ou encore le minéralogiste Alexandre Brongniart (1770-1847). Ainsi, Alphonse se passionne très jeune pour les sciences naturelles. Dans un premier temps, il s’intéresse à la minéralogie puis à l’entomologie mais très vite la botanique retient toute son attention.
Au collège de Falaise, il est initié à la botanique par le principal, l’abbé Hervieu
En
1825, Alphonse part en exploration durant plusieurs mois dans les Alpes et en Savoie avec son ami, Alphonse de Boisduval, passionné d’entomologie et de botanique. Ce sera d’ailleurs le seul voyage d’exploration botanique qu’il réalisera hors de Normandie.
Brébisson consacre ses premiers travaux aux phanérogames (plantes à fleurs) qui paraissent dès
1825 dans les Mémoires de la Société Linnéenne de Caen fraîchement formée. De ces travaux, on peut citer :
Etude sur les orchidées des environs de Falaise puis,
Coup d’œil sur la végétation en Normandie considérée dans ses rapports avec le sol et le terrain. Et, en
1836, paraît la
Flore de la Normandie.
Brébisson se consacre ensuite aux cryptogames (plantes dont les organes sexuels sont cachés : fougères, mousses, algues, etc.) et plus particulièrement aux algues d’eau douce. En
1835, il publie un premier travail sur les
Algues des environs de Falaise. Il poursuit ses études des cryptogames par la publication des
Exsiccata des Mousses de Normandie (1826-1839). Les exsiccata sont des échantillons de végétaux desséchés dans le but d’être conservés. Ce genre de publication est très bien accueilli et incite Brébisson à s’associer à plusieurs autres travaux de ce genre en français et en allemand. Il récolte ainsi d’innombrables échantillons et collabore à la publication lichénologique normande.
Brébisson s’intéresse également aux organismes qu’on appelait, à l’époque, les Infusoires (algues unicellulaires). Dès
1842, il se lance dans l’organisation et la classification des Diatomées et des Desmidiées. A ce sujet, il correspond avec des savants anglais et allemands. Son manuscrit, terminé seulement deux jours avant sa mort, sera publié par son fils.
Brébisson vouait une deuxième passion à la photographie. Dès son apparition, il en étudia les procédés et y apporta plusieurs perfectionnements importants. En publiant deux mémoires sur le collodion (technique employant une solution de nitrocellulose dans de l’éther alcoolisé), il devint, dit-ont, le vulgarisateur de cette technique en France. Mais surtout il fut le premier à jumeler la photographie à la microscopie, devenant ainsi le véritable pionnier de la microphotographie.
Les dernières années de sa vie furent marquées par des problèmes de santé le privant des excursions botaniques organisées par ses amis. Il meurt le
26 avril 1872, à Falaise, à l'âge de 74 ans.
L’œuvre : Flore de Normandie
A l’origine, la
Flore de la Normandie devait être un projet commun à plusieurs botanistes orchestré par la Société Linnéenne de Normandie. Chaque botaniste devait se charger de la description d’une famille de plantes et devait s’engager à rapporter le travail manuscrit à une date définie. Au jour fixé, Brébisson, chargé des orchidées, arriva seul avec son manuscrit. Il est alors chargé de la rédaction complète de la flore.
Chalopin, imprimeur à Caen et camarade de Brébisson, lui propose d’imprimer cette Flore à ses risques et périls. Dans un premier temps, Brébisson refuse l’offre, doutant de la potentielle popularité d’un tel ouvrage, mais il finit par y consentir. Ainsi, la première édition de la
Flore de la Normandie est réalisée en 1836.
La
Flore de la Normandie est un inventaire végétal des espèces observables en Normandie. Conçu dans un plan concis et clair renfermant des descriptions exactes, cet ouvrage est d’une grande qualité et le succès ne se fait pas attendre, si bien que quatre nouvelles éditions se succèdent. Elles sont successivement enrichies des nouvelles découvertes et des perfectionnements méthodiques. La
Flore de la Normandie la plus complète est la cinquième édition datant de 1879.
Brébisson ne tirera jamais aucun profit de sa flore. Il abandonnera à son ami imprimeur, ayant pris tous les risques, les bénéfices de l’entreprise.
Cette flore est l’unique travail de Brébisson concernant les phanérogames. Ses herborisations ultérieures à 1836 sont réalisées dans le seul but d’enrichir les rééditions de la flore.
Dans cet ouvrage, les plantes sont classées par familles. Chaque famille fait l’objet d’une description complète, les différents genres et espèces sont écrits en quelques lignes (description physique essentiellement) ainsi que les différentes stations où les espèces ont été observées.

Description d'une espèce
On imagine ainsi très bien le long travail qu’une telle flore représente. Pour ce faire, Brébisson fut aidé par plusieurs botanistes ayant bien voulu lui faire part de leurs observations. Toutefois, lorsque Brébisson n’a pas observé personnellement une espèce, celle-ci est précédée d’un astérisque dans l’ouvrage.

Description d'une espèce avec une astérisque
L’AREHN dispose de quatre exemplaires de la
Flore de la Normandie
- Un exemplaire de la première édition (1836). L’ouvrage de petit format, a été mis en dépôt à l’AREHN par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Auparavant il a appartenu à la Société centrale d’horticulture du département de la Seine-Inférieure. Cet exemplaire de 430 pages est relié d’une couverture cartonnée d’origine.

Première édition
- Un exemplaire de la seconde édition (1849) provenant de la bibliothèque de Eugène Lefebvre de Fourcy et mis en dépôt à l’AREHN par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Dans cette nouvelle édition de 356 pages, Brébisson a ajouté des tableaux analytiques. Cet exemplaire est relié avec un dos en cuir gravé.

Seconde édition
- Un exemplaire de la quatrième édition (1869). Cet exemplaire de 423 pages, a été mis en dépôt à l’AREHN par la Société des amis des sciences de Rouen. L’ouvrage est présenté dans une reliure refaite de couleur rose et complétée d’un dictionnaire des termes de botanique.

Quatrième édition
- Un exemplaire de la cinquième édition (1879) provenant de la Société centrale d’horticulture du département de la Seine-Inférieure et mis en dépôt à l’AREHN par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Cet exemplaire est relié avec un dos en cuir gravé.
Aucune de ces différentes éditions ne contient d’illustration.
En complément : Le chou normand, de l’espèce botanique aux espèces cultivées
Les choux cultivés sont tous issu de la même espèce botanique baptisée par Linné Brassica oleracea L., signifiant "chou utilisé comme légume" en latin. Le genre Brassica a donné son nom à l’importante famille des Brassicacées, anciennement nommée Crucifères.

Flore de Brébisson sur Brassica
L’espèce botanique, décrite dans la Flore de la Normandie d'Alphonse de Brébisson, est toujours observable sur les côtes de Haute-Normandie. Ses populations y sont les plus abondantes de France. Elle est facile à reconnaître, ses feuilles sont larges, d’un vert glauque parfois teinté de violet et disposées en rosettes. La floraison printanière est spectaculaire. Les fleurs, portées par des hampes formant des grappes pouvant atteindre jusqu’à un mètre de hauteur, possèdent quatre pétales jaunes disposés en croix. Plus tard en saison, elles cèdent la place aux fruits (des siliques), sortes de gousses cylindriques renfermant les graines.
Le chou botanique pousse à l’état sauvage sur les rochers maritimes calcaires. On n’en compte qu’une dizaine de population entre le Pas-de-Calais et la Charente-Maritime, dont certaines, toutefois, abritent plus de dix mille individus.
Cet isolement relatif des populations de choux sauvages s’explique par la faible capacité de dispersion de l’espèce.

Chou sauvage dans son environnement naturel
Au fil des siècles, la forme sauvage de la plante s’est considérablement modifiée.
Gérard Mallet a relancé la culture du chou de Saint-Saëns
L’espèce présente une variabilité exceptionnelle, clé de l’extrême diversité de sa descendance cultivée : les feuilles de choux sauvages peuvent être entières ou découpées, veinées de blanc ou de rose, insérées sur un court trognon ligneux ou sur un véritable tronc. Le jaune des pétales est vif ou, au contraire, pâle, presque blanc.
Les transformations avec différents cultivars ont donné naissance à des espèces cultivées : Chou de Bruxelles, Chou pomme, Chou-fleur, Rutabaga (Chou-navet), Chou fourrager, etc. mais tous ont été obtenus à partir de la souche sauvage de Brassica oleracea, ils appartiennent donc tous à la même espèce et sont donc interfertiles.
Il n’y a pas de différence fondamentale, dans les mécanismes d’apparition, entre les espèces sauvages et les espèces cultivées.
L’échelle de temps n’est simplement pas la même. L’apparition d’une nouvelle espèce sauvage est le résultat d’un certain nombre de coïncidences fortuites sur de très longues périodes. Pour ce qui est des espèces cultivées, l’homme a accéléré le processus naturel en développant des techniques de culture et d’élevage basées sur la sélection de gènes au sein de la population d’une espèce, mais aussi, en explorant les ressources de la planète, il a mis en contact des espèces géographiquement éloignées.
Parmi les choux cultivés, il en est un remarquable qui a failli disparaître. C’est le chou cabus dit chou de "Saint-Saëns", nommé d’après son lieu de naissance, au cœur du pays de Bray, en Seine-Maritime. Cette ancienne variété de chou cabus tardif d’automne et de début d’hiver, était largement cultivée au siècle dernier. Ce chou dont un seul pied peut atteindre 1,30 mètres de diamètre et 20 kilogrammes aurait fort bien pu disparaître sans l’intervention de Gérard Mallet, jardinier natif de Saint-Saëns, qui l’avait longtemps cultivé lorsqu’il était au service d’un horticulteur. Il eut l’intelligence de conserver la semence et d’en relancer la culture auprès des jardiniers, au début des années 1990.
Sources
A.Malbranche. Notice sur M. de Brébisson, extrait du Bulletin des Amis de Sciences naturelles de Rouen, année 1872,2
e semestre.
B. Dayrat. Les botanistes et la flore de France : trois siècles de découverte. 2003, Paris, Publications Scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle.
J.-P. Thorez ; -Les choux. 2002, Arles, Actes Sud.
Bien de chez nous, les choux. In : Nature et Progrès, N° 39, janvier/février 2003, pp. 21-22.