Henri-Marie Ducrotay de Blainville - Ostéographie ou description iconographique comparée (...)


Passionné par la zoologie, de Blainville participe activement aux études menées sur l’anatomie comparée. Dans son ouvrage sur l’ostéographie, il nous livre un panorama des plus complet sur l’anatomie animale.

Titre : Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des cinq classes d’animaux vertébrés récents et fossiles pour servir de base à la zoologie et à la géologie.
Auteur : Henri-Marie Ducrotay de Blainville
Edition : 1839-1864, Paris, Baillière
Format : in-folio pour les 4 tomes, in-plano pour l’atlas

L'auteur : Henri-Marie Ducrotay de Blainville



Blainville est né le 12 septembre 1777à Arques la Bataille (près de Dieppe), dans une famille de la petite noblesse normande. Il perd son père très tôt et rejoint son frère dans une pension de Neufchâtel ou ils sont éduqués par les bénédictins. A 19 ans, il étudie le dessin mais surtout mène une vie de plaisir et de dilettante. Une fois tout son patrimoine dilapidé, il entreprend des études de médecine et devient docteur en 1808 puis s’instruit sur les reptiles au Muséum de Paris. Dans cet établissement, Cuvier, ayant remarqué les talents de dessinateur du naturaliste, le prend comme collaborateur pour la rédaction d’un ouvrage d’anatomie comparée qu’il projette. Blainville remplace son maître à l’Athénée en 1811, le supplée au Collège de France en 1812, puis au Muséum deux années plus tard. Grâce à l’appui de Cuvier, il obtient un poste de professeur-adjoint d’anatomie et de zoologie à la faculté des sciences en 1812. Après la guerre, où il avait soigné les blessés à la Salpêtrière en 1814, il se brouille avec son mentor, et devient en même temps un rival acharné.

Il entre à l’Académie des sciences en 1825 après avoir essuyé trois échecs. Il est nommé professeur titulaire de la chaire d’Histoire naturelle des mollusques, des vers et des zoophytes, issus du dédoublement de celle de zoologie à la mort de Jean-Baptiste Lamarck. Deux ans plus tard, il succède à Cuvier dans sa chaire d’anatomie des animaux, qui est rebaptisée anatomie comparée.

Alors que Cuvier fonde sa théorie d’anatomie comparée sur le fait que le règne animal se compose de groupes distincts, pour Blainville, les êtres forment une série continue et ordonnée. Donc pas de créations successives, mais une création unique. Tous les animaux sont créés par Dieu. S’opposant ainsi à Cuvier, il se rapproche de Jean-baptiste Lamarck. Deux ouvrages rendent compte des travaux anatomiques : De l’organisation des animaux ou principes d’anatomie comparée (1822) et Sur les principes de la zooclassie ou de la classification des animaux (1847).

Parvenu ainsi à la position la plus élevée qu'il pût ambitionner, la fortune ne le change pas, il reste autoritaire, dominateur, indomptable, mais bon, généreux et brillant pour ses élèves et ses amis. Célibataire, il chérie son neveu Adolphe comme son fils. Son antipathie pour les conceptions républicaines égalitaires l’amène à s’intéresser à des théories sociales utopiques.

Il meurt le 1er mai 1850 d’une crise d’apoplexie foudroyante à l'Embarcadère du Havre (actuelle gare Saint-Lazare), dans le wagon où il avait pris place pour se rendre à Caen.

Outre une foule de Mémoires et d'articles (dans les recueils de l'Académie et autres société savantes et dans le Dictionnaire d'histoire naturelle), on a de lui plusieurs traités capitaux : une Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des mammifères récents et fossiles (1839-1864), une Faune française (1821-1830) ; un Manuel de malacologie et de conchyliologie (1825-1827); une Histoire des sciences de l'organisation et de leurs progrès, comme base de la philosophie (1845) ; un Manuel d'Actinologie et de Zoologie (1834).

L’œuvre : Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des cinq classes

d’animaux vertébrés récents et fossiles pour servir de base à la zoologie et à la géologie

Blainville se distingue dans le domaine de l’ostéologie comparée, avec une monumentale Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des cinq classes d’animaux vertébrés récents et fossiles pour servir de base à la zoologie et à la géologie.

L’ouvrage se veut un panorama complet de l’anatomie animale et se destine à guider les anatomistes et paléontologistes. Remarquable, l’œuvre reste cependant incomplète. Sa publication, commencée en 1839, a été terminée en 1864, après la mort de l'auteur.

Page de titre

L’œuvre est divisée en quatre tomes : Primates, Carnassiers, Gravigrades, Ongulogrades.
Ils sont accompagnés d’un atlas contenant 323 planches lithographiées reproduisant des ossements d’animaux fossiles, sur les dessins de J. C. Werner, peintre au Muséum d’histoire naturelle. Ce dernier ouvrage est particulièrement volumineux avec une hauteur de près de 55 centimètres.

Eléphant de l’Inde
Squelette de profil à petites défenses du sexe féminin amené
en 1797 de Hollande à la ménagerie du Muséum,
ou il vécu 20 ans sous le nom de Marguerite.

L’AREHN dispose dans son fonds ancien d’un exemplaire de l’Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des cinq classes d'animaux vertébrés récents et fossiles pour servir de base à la zoologie et à la géologie mis en dépôt par le Muséum d’histoire naturelle de Rouen. Cet exemplaire est en bon état. La couverture est bleue et comporte des inscriptions dorées.

Ostéologie : partie de l’anatomie qui traite des os.

Sous le nom d’os, on comprend toutes les parties dures qui se trouvent dans la composition du corps.

C’est pourquoi les dents sont encore comptés parmi les os. Contrairement à un grand nombre d’anatomistes de l’époque, Blainville ne les classe plus dans les os, mais elles figurent quand même dans son ostéographie.


Partie du système dentaire du phoque

Blainville traite aussi de la place des animaux dans la classification, de leur ancienneté sur Terre, de leur histoire littéraire et artistique, de leur fossiles…

Canidés antiques


Dessins ou peintures, sculptures, médailles

Détails de la planche
Lévriers (l’un avec les oreilles droites, l’autre avec les oreilles plates)
Chacal ou loup d’après une statuette en bronze du Musée du Louvre

Félins


Momie, statuettes, médailles et peintures de félins

Détails de la planche
Momie
Tête de la momie dégagée des bandes


Le singe et l’homme


Les singes présentent dans leur organisation un grand nombre de ressemblance avec l’espèce humaine. Blainville ajoute que certains philosophes voient dans les premiers singes, un homme dégénéré ou dans l’homme, un singe perfectionné. Il compare cela à l’homme de Polynésie qui pense que l’orang-outang est un homme paresseux qui ne veut pas parler pour ne pas être forcé à travailler.

Blainville admet que les singes sont physiquement construit comme l’homme. Il s’appuie pour cela sur la forme du tronc, de la tête, des yeux, les membres antérieurs… Et le confirme par l’ensemble de l’appareil sensoriel, locomoteur, digestif, respiratoire…

Il ne généralise pas le degré de ressemblance de tous les singes avec l’homme, loin de là.

Têtes adultes
Alouate Roux, Eriode Aracnoïde et Saki à tête blanche


En complément : L’anatomie comparée


L'anatomie comparée se caractérise par l’étude comparative de l’anatomie d’espèces vivantes différentes à travers la dissection (à l’origine),ou encore la radiographie.

Tout commence dès l’Antiquité quand les médecins reportent sur l’anatomie humaine les connaissances acquises en disséquant les animaux. Les erreurs auxquelles cela mène se propagent tout au long du Moyen Âge.

Cette science naît véritablement avec les travaux de Vésale au XVIe siècle. Loin des traditions, ce célèbre savant compose l'Anatomie de l'homme (1543) d’après les dissections faites sur les cadavres humains, tout en ajoutant des descriptions sur l’anatomie des animaux. Il est suivi par Ambroise Paré – père de la chirurgie moderne – qui compare trois squelettes : un humain, un autre mammifère et un oiseau.

En étudiant les animaux, les scientifiques de l’époque cherchent avant tout à apporter de nouveaux éléments à l’étude du corps humain et apporter de nouvelles connaissances en médecine. On pensait que l'étude anatomique du corps humain ne pouvait mener à une connaissance suffisante de son organisation et on cherchait l'explication de la physiologie humaine chez des animaux présentant avec l'Homme une ressemblance plus ou moins directe. Puis, les scientifiques pense que l’organisation animale mérite d’être traitée en science indépendante. Et au milieu du XVIIe siècle, une nouvelle impulsion est donnée avec le début de l’anatomie comparée des végétaux.

Mais l’anatomie comparée est véritablement énoncée en 1555 quand Pierre Belon analyse le squelette d’un oiseau et celui de l’homme, et désignant par les mêmes noms les parties similaires et en plaçant les membres dans la même position afin de mieux montrer les analogies.

Quant au terme "anatomie comparée" il est utilisé pour la première fois par l’anatomiste anglais Nehemiah Grew (1641-1712), afin de décrire les différences et les ressemblances entre les organes des êtres vivants. Mais c’est Georges Cuvier (1769-1832) en comparant différents organismes qui en énonce les principes généraux. Suivi par d’autres, les découvertes se succèdent rapidement et, à la fin du XIXe siècle l’anatomie comparée à bien agrandi son domaine. Pour mener à bien la tâche, les scientifiques font appel à d’autres sciences tel que la paléontologie, la morphologie, la physiologie…

Les liens des différents parties du corps selon cuvier
"Si les intestins d’un animal sont organisés de manière à digérer que de la chair, et de la chair récente, il faut aussi que ses mâchoires soient construites pour dévorer une proie, ses griffes pour la saisir  et la déchirer ; ses dents pour la couper et la diviser ; le système entier de ses organes du mouvement pour la poursuivre et pour l’atteindre ; ses organes de sens pour l’apercevoir de loin ; il faut même que la nature ait placé dans son cerveau l’instinct nécessaire pour savoir se cacher et tendre des pièges à ses victimes. Telles seront les conditions générales du régime carnivore ; tout animale destiné pour ce régime les réunira infailliblement (…)."

La plus grande réussite de l'anatomie comparée est sans doute celle qui lui a permis, en confrontant ses conclusions à celle de la paléontologie, la mise en évidence de l'évolution des espèces au fil du temps. Ce seront surtout Lamarck, Geoffroy Saint-Hilaire et Charles Darwin qui accompliront ce nouveau pas.

Sources :



Auteur et œuvre


Du jardin au Muséum en 516 biographies / Philippe Jaussaud ; Edouard-Raoul Brygoo .- Paris  : Muséum national d'histoire naturelle, 2004 .- pp. 169-170 .- (Archives)

Jean Lhoste (1987)
Les Entomologistes français 1750-1950  .- INRA Éditions : 351 p
22 cm

Wikipédia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Marie_Ducrotay_de_Blainville

Cosmovisions
http://www.cosmovisions.com/Blainville.htm


Complément


DURANTHON, Francis (2005)
Histoire de mammifères  .- Rosny  : Bréal  .- ill. ; 21 cm  .- 176 p.  .- (Collection paléo)