Ulysse Aldrovandi - Histoire naturelle des reliques d'animaux privés de sang (...)
Cet ouvrage, en latin, est très certainement un volume de l'
Histoire naturelle d'Aldrovandi. Il s'agit de la description d'animaux marins (mollusques, crustacés, coquillages) comprenant une vingtaine de planches dont la valeur scientifique de certaines figures paraît tout à fait burlesque, au regard des connaissances actuelles. Il demeure néanmoins un témoignage de la connaissance scientifique au tout début du XVII
e siècle et presque un conte scientifique.
Titre : Historiam Naturalem in Gymnafio ibidem olim profitentis de Reliquis Animali libus exanguigus, vipote de Mollibus, Crustaceis, Testaceis, Zoophytis (Histoire naturelle des reliques d'animaux privés de sang tel que les mollusques, les crustacés, les animaux à tests et les animaux ressemblants à des végétaux)
Auteur : Ulyssis Aldrovandi
Edition : 1618, Francofvrti, Pauli Jacobi
Format :
In-folio (40 cm).
L’auteur : Ulysse Aldrovandi

Issu d'une noble famille, Ulysse Aldrovandi est née à Bologne en Italie en
1522. Il y est professeur de botanique à l'Université pendant quarante ans où il est reconnu pour son activité remarquable dans le domaine des sciences naturelles. On lui doit :
- La fondation du premier "Musée" d'histoire naturelle d'Europe.
- Un
herbier en 16 volumes et plus de 5 000 échantillons de plantes avec les divers nom sous lesquels on les désignait à l'époque. Cet herbier représente la plus ancienne collection de ce genre encore conservée.
- Le jardin botanique de Bologne créé en
1567, un des premiers du genre.
- Enfin, une œuvre écrite comportant plus de 400 volumes, dont une grande partie est d'ailleurs restée inédite.
Il consacra son entière fortune à recueillir des collections afin d'écrire l'œuvre de sa vie, sa grande
Histoire naturelle. Pour cela il voyage beaucoup en Europe et entretient à ses frais plusieurs peintres et graveurs auxquels il demande des représentations exactes d'animaux et de plantes. Sur chacune des planches de ses ouvrages, Aldrovandi mentionne le nom scientifique latin de l'animal ou de la plante représentée, suivi de son nom en grec, en italien, et parfois en espagnol. Une description plus détaillée accompagne les spécimens jugés particulièrement rares ou remarquables.
Par son testament, son cabinet et ses manuscrits sont légués au Sénat de Bologne qui consacrera des sommes considérables pour terminer après sa mort la publication de son œuvre.
Les recueils de peintures ayant servi d'originaux à son ouvrage ont été transportés, durant la Révolution, au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris.
Ce grand naturaliste était aussi un philosophe, un érudit au sens large du terme. Il était aussi un bibliophile averti et possédait des éditions précieuses des XV
e et XVI
e siècles. Une grande partie de ces ouvrages est conservée à la bibliothèque de Bologne.
L’œuvre : Histoire naturelle des reliques d'animaux privés de sang (...)
Ex-libris de Félix-Archimède Pouchet
Cet ouvrage est très certainement un des 15 volumes de l'Histoire Naturelle d'Aldrovandi. L'auteur n'en a publié que quatre volumes de son vivant. Mais sa veuve et quatre de ses successeurs se chargèrent de publier les derniers volumes, grâce aux manuscrits laissés par l'auteur.Tous ces volumes sont donc parus successivement à Bologne puis réimprimé à Francfort. Il est très difficile de trouver une collection complète de la même édition d'autant que certains volumes sont très rares, entre autre celui sur les minéraux.
Selon l'ex-libris (l'étiquette collée en deuxième de couverture) ce livre faisait partie de la bibliothèque personnelle de Félix Archimède Pouchet, fondateur du Muséum d'Histoire naturelle de Rouen.
L'ouvrage débute avec un avant-propos. Dans le corps de ce volume, le texte est présenté sur deux colonnes en latin avec des inclusions régulières de grec.

Corps de l'ouvrage avec le texte, en latin, sur deux colonnes.
Il comprend une vingtaine de planches, gravées sur bois en noir et blanc, d'animaux marins. La page de titre, en frontispice est très caractéristique de l'époque.
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| Les planches sont des gravures sur bois |
Frontispice |
Certaines planches présentent des curiosités de l'époque par exemple des croyances ou des récits de voyages en mer librement interprétés. Cela donne quelques fois des scènes amusantes et farfelues.
Par exemple, sur la planche de la page 38 est représenté un homard, dévorant une tête humaine dix fois plus petite que l'animal (figure 1) et un autre pris au piège par un monstre totalement imaginaire, sorte de dragon marin ayant une robe à petits pois (figure 2).
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| Figure 1 |
Figure 2 |
Page 133, on découvre une sorte d'escargot issue de la description faite par des marins, complètement burlesque et imaginaire, représenté avec des cornes de cervidé, des pattes de grenouille (avec des articulations), d'énormes yeux d'amphibien et une queue greffée sur la coquille.
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| Escargot imaginaire |
Page 176 sont représentés des Anatifes, ce sont des brachiopodes, vivant accrochés aux branches d'arbres de la mangrove. Une croyance scientifique totalement dépassée avec nos connaissances actuelles sur le monde du vivant.
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| Anatifes |
S'ensuit un index des animaux représentés dans l'ouvrage et un autre décliné en différentes langues.
La couverture en cuir est d'origine. L'état global du livre est très correct. Les pages sont un peu sombres car le papier est fin pour un ouvrage de cette époque. Une tache sur les dernières pages gène un peu la lecture (pages 191 à 194).
Cet ouvrage , malgré ses énormités scientifiques, reste néanmoins un ouvrage très sérieux et de très grande renommée ayant fait progresser la science à l'époque de sa publication.
En complément : Les monstres marins
La façon dont les naturalistes de l'Antiquité ou du Moyen-Age envisagent la monstruosité n'a rien à voir avec celle des scientifiques actuels. A cette époque, les sciences naturelles n'en étaient qu'à leurs balbutiements. Les naturalistes du XVIe et XVIIe siècle s'étonnaient devant des créatures étranges, rares ou énormes, surtout celles issues des mers. Ainsi, la baleine trouve sa place dans les traités sur les monstres en tant que "plus grand monstre poisson qui se trouve dans la mer". Elle est représentée en compagnie d'animaux insolites décrits par des voyageurs et des créatures hybrides comme le "moine poisson" ou "l'évêque de mer". Le monstre est considéré à la fois comme un prodige, un signe du ciel et un être rare, extraordinaire. Mais, tout en fascinant, le monstre effraie aussi énormément.
Depuis que les hommes sillonnent les mers, on ne compte plus les histoires de monstres surgissant des eaux pour entraîner les marins dans les abysses. Les descriptions abondent de serpents de mer longs de plusieurs dizaines de mètres, de poulpes gigantesques capables de soulever un navire, de requins impitoyables, véritables ogres des mers... Quelques exemples :
- La légende du Kraken : le Kraken, originaire de Norvège, est le "plus gros monstre marin de notre planète". Les histoires du Kraken datent du XIIe siècle, se rapportant à une créature de la taille d'une île. Même en 1752, quand l'évêque de Bergen Ludvigsen Pontoppidan a écrit son histoire naturelle de la Norvège, il décrit le Kraken en tant qu'"île flottante". Les récits des marins scandinaves décrivent un monstre pourvu de nombreux bras aussi longs que des mâts, qui s'agrippe aux navires et les entraînent dans les fonds. Le kraken a été identifié comme un calmar géant qui se trouve dans les mers froides. Selon les dernières estimations, les calmars peuvent mesurer jusqu'à 13 mètres de long.
- La Normandie a, elle aussi, eu son monstre des mers. Il s'agit d'un serpent marin dont le cadavre fut découvert en février 1934 à Querqueville à l'ouest de Cherbourg. Selon les marins présents à bord, la tête ressemblait à celle d'un chameau, portée par un long cou mince. L'animal possédait deux grandes palettes natatoires. Il mesurait environ 6 mètres de long dont 90 cm pour le cou. Cette description qui s'apparente à certaines faites pour le Loch Ness à la même époque laisserait croire qu'il s'agit d'un Plésiosaure, reptile marin du Jurassique, qui aurait survécu jusqu'à nos jours.
- Jusqu'en 2003 les monstres des mers nous poursuivent, Olivier de Kersauzon a fait les frais d'un calamar géant, le 13 janvier dernier, alors qu'il tentait de battre le record du monde à la voile en équipage. Il a été ralenti par l'animal s'agrippant avec ses tentacules à l'embarcation.
- N'oublions pas le poulpe de Denys-Monfort, le calmar géant de Jules Vernes (dans 20 000 lieux sous les mers) et bien d'autres encore...
Sources
Bibliographie universelle ancienne et moderne, Michaud. 1811-1862. Tome 1, p.378-379. (cote mnhn 4°B1)
A l'aube de l'histoire naturelle. In : l'il. 1959, N°52, p. 36-41.
www.ehess.fr/centres/grihl/CR_Grihl/CRCavail052.htm
http://oceano1.free.fr/mm67.htm
www.memoirecrite.org/HIST_MONST_3.htm
www.sport.fr/Voile/voi/26526.shtm